Reculès de Basmarein, Raimbaux et compagnie

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Le navire La Victoire est expédié en mars 1777 par la maison de commerce bordelaise Reculès de Basmarein, Raimbaux et compagnie.
Pierre-Jacques Reculès, né le 15 février 1744, est issu d’une riche famille noble possédant de nombreuses terres dans le Limousin. Il est à la fois vidame de Châlons, conseiller secrétaire du roi, receveur des tailles de Sens et avocat au parlement de Bordeaux.
Si Pierre-Jacques Reculès de Basmarein est noble et riche de naissance, il doit son ascension à ses compétences. Durant les années 1770, il accomplit avec efficacité les missions qui lui sont confiées par le gouvernement ou l’Intendant de Bordeaux : approvisionnement en grain de la Guyenne, allégement des charges sur les paysans, approvisionnement des troupes du roi…. Protégé par Louis XV et sa favorite, la comtesse du Barry, il épouse une riche héritière de Saint-Domingue.
La mort de Louis XV en mai 1774 met fin à son ascension. Il est écarté des bonnes grâces de son successeur.
Mais notre homme, jeune, ambitieux et entreprenant, a du répondant. Dès l’été 1774, il se reconvertit dans le commerce colonial. Il fonde à Bordeaux, avec son frère Pierre et le sieur Raimbaux, la maison de commerce Reculés de Basmarein, Raimbaux et compagnie. Entre 1774 et 1777, cette firme expédie 10 navires pour les Antilles et la traite des noirs.
Très tôt, cet « esprit éclairé et hardi … se laisse séduire par la grandeur de la cause américaine ». Il entrevoit également les perspectives économiques que l’ouverture du marché américain pourrait apporter au développement commercial de la France. Il n’en faut pas plus pour que notre homme se lance dans l’aventure.
En contact dès 1776 avec Benjamin Franklin et Silas Deane, il est l’un des tous premiers armateurs français à leur proposer ses navires pour fournir des aides aux Insurgés.

A partir de février 1777, les armements sont exclusivement destinés au continent nord-américain et à l’approvisionnement des insurgés. Alors que de son côté le célèbre Beaumarchais, aidé secrètement par l’argent de Louis XVI, expédie aussi des navires pour approvisionner les Insurgés, Reculès de Basmarein arme lui sur ses fonds propres.
En ce début d’année 1777 où le monde du négoce bordelais reste très prudent, le sieur Reculès de Basmarein prépare l’armement de trois navires pour le continent nord-américain : La Duchesse de Mortemart, Le Meulan et La Victoire. L’armement de ce dernier n’est donc pas un acte isolé. Ces vaisseaux chargés de marchandises destinées aux insurgés, embarquent également des hommes prêts à se battre, des volontaires de la première heure, dont certains ont laissé leur nom dans l’histoire du conflit américain : La Fayette, Kalb, Mottin de La Balme, fondateur de la cavalerie américaine, ou Paulmier d’Anmours, premier consul de France à Baltimore dès 1778.

Par la suite, 46 autres navires sont expédiés de Bordeaux pour le continent nord-américain jusqu’en mars 1779. Durant la même période, 13 bâtiments sont aussi armés en Nouvelle-Angleterre à destination des Antilles ou de la France.
Ce sont donc 62 expéditions que la maison Reculès de Basmarein finance pour soutenir le combat des insurgés. Chargés d’avitaillement, d’armes, de munitions et d’autres fournitures militaires (uniformes, souliers…), les navires partis de Bordeaux abordent en Nouvelle-Angleterre, à Charleston, Boston ou Philadelphie. Le montant des 49 armements faits à Bordeaux s’élève à plus de 5,6 millions de livres tournois (soit plus de 7 millions €).
Toutefois, plus de la moitié de ces bâtiments ne sont jamais arrivés à leur destination. Trente-deux ont été pris par les anglais. Cinq autres sont victimes d’un naufrage.
Accumulant les pertes et les dettes, la maison Reculès de Basmarein tente le tout pour le tout en armant trois corsaires en 1778. Le but est de renflouer les caisses. Néanmoins, malgré les débuts prometteurs (4 prises) de sa frégate corsaire La Vengeance, les fonds récupérés ne suffisent pas à compenser les énormes pertes financières qui continuent d’augmenter.
Acculée par ses créanciers, ne pouvant rembourser les énormes sommes engagées, la firme bordelaise fait faillite en 1779, seulement cinq ans après sa création, non sans avoir contribué grandement à la victoire des Insurgés. Ruiné, Reculès de Basmarein meurt dans la misère à Paris en 1806.