Le développement des relations commerciales et maritimes entre Bordeaux et les Etats-Unis

Vue de la ville et du port de Bordeaux prise du coté des salinières, gravure à l’eau forte, d'après Vernet, 54 x 73 cm, 1764, Fi 40 B 800 © Archives municipales de Bordeaux

Bordeaux a joué un rôle non négligeable dans l’implication de la France aux côtés des insurgés américains et ce dès avant l’entrée en guerre officielle du royaume de Louis XVI en 1778.

Avant le début de la guerre d’indépendance américaine, Bordeaux n’avait pas de relation directe avec la Nouvelle-Angleterre : le tabac de Virginie y était importé depuis les ports britanniques. Toutefois, des contacts existaient entre les négociants de la Nouvelle Angleterre
via les colonies des Antilles.

Dès le début de la Révolution américaine, se dessine un net changement, notamment parce que Bordeaux est le grand port français de la façade atlantique le plus éloigné des côtes britanniques. En juin 1776, trois petits bâtiments en provenance de Providence, Portsmouth et des Bermudes apportent dans le port de la Lune des cargaisons de bois, de bois de campêche et d’huile de poisson. Le sloop Betsy, en provenance des Bermudes n’apporte pas que des matières premières. Il transporte également un personnage de première importance : Silas Deane. Cet avocat de Wethersfield (Connecticut) a été choisi par le Congrès continental pour être son agent en France. L’émissaire secret des insurgés a pour mission d’y acquérir des uniformes, des armes, des munitions et de l’artillerie pour équiper une armée de 25.000 hommes. Il doit également œuvrer à la conclusion d’un traité d’alliance avec le roi Louis XVI. Le 5 juin, le Betsy se présente à l’entrée de la Gironde et arrive à Bordeaux le lendemain. Descendu à l’hôtel Bourbon, Deane séjourne longuement à Bordeaux. Il y a pour contact la maison de négoce Samuel & J. H. Delap. Beaumarchais vient le rencontrer. Le 30 juin 1776, Deane prend la route de Paris, non sans regret tant il a apprécié Bordeaux au point d’émettre le souhait que le port de la Lune devienne l’unique destination des navires américains.

En août 1777, cinq navires américains sont capturés sur la Gironde par des croiseurs anglais, tandis que des navires bordelais, armés par la maison de négoce bordelaise Reculès de Basmarein, Raimbeaux & cie font voile vers l’Amérique du Nord avec à leur bord des armes et des munitions.

Certes, Bordeaux ne profite pas autant que Nantes, Lorient et Saint-Malo, de l’expansion considérable que connaissent les échanges commerciaux entre la France et les Etats-Unis après l’entrée officielle en guerre de la France en 1778. Toutefois, dès mars 1778, le Congrès, en nommant John Bondfield agent commercial à Bordeaux, choisit Bordeaux pour y ouvrir la première représentation américaine à l’étranger. Outre un commerce direct avec Boston et la Virginie où l’on envoie des produits manufacturés et du sel, est pratiqué un commerce indirect, via les Antilles. Les navires bordelais, après y avoir déchargé leur cargaison, font voile vers les ports américains où ils chargent essentiellement du tabac. Au retour, ils font escale dans les îles pour y compléter leur fret avec des denrées coloniales.

Comme le note en 1785 l’agent commercial américain, Bordeaux n’entretient avec la jeune république des relations commerciales que « très restreintes », à l’image, il est vrai, du commerce global entre les deux pays. En 1782-1784, le port de la Lune ne reçoit que 8 navires américains en moyenne par an et n’en envoie que 7. Il faut attendre 1786 pour les échanges progressent de manière significative : 24 navires américains arrivent à Bordeaux en 1786, 45 en 1791. Ces échanges sont toutefois déséquilibrés en défaveur de Bordeaux puisqu’il ne s’agit pour l’essentiel que d’importations de tabac. S’y ajoutent des importations de riz de Caroline, de l’indigo, du bois et, en 1789, des grains et farines. À la veille de la Révolution, Bordeaux est devenu le premier port français pour les importations américaines.